De la Suffisance des Parasites

De la Suffisance des Parasites

      Marie-Jeanne MARTI, Les Marchands d’illusions: Dérives, abus, incompétences de la       nébuleuse <<Psy>> française. 2006. Sprimont (Belgique): Pierre Mardaga. 162 pp.
ISBN: 2-87009-912-6.

Dans un récent entretien du Nouvel Observateur, le grand romancier britannique, William Boyd (qui, lui-même, réside en Dordogne), parle de l’efficacité et de la décence du système médical français:

[…] si brusquement je tombe gravement malade, j’espère que ce sera plutôt en France […] Un de mes amis britanniques a été victime d’un grave accident de voiture en France. Il a été stupéfait de la qualité des soins médicaux et de la sollicitude professionnelle dont il a bénéficié. Etant britannique, il n’en espérait pas tant. (Nouvel Observateur, 1e -7 juin, 2006, 14)

Britannique moi-même et ayant connu l’excellence des soins offerts en France, je ne puis qu’admirer les phrases de William Boyd. Malgré le notoire <<trou noir>> fiscal de la « Sécu »,  le système médical français reste sans aucun doute une des réussites et une des gloires de l’Europe contemporaine.

 

Pourquoi donc ce livre-diatribe de Marie-Jeanne Marti, Les Marchands d’illusions ? Première chose à reconnaître: le réquisitoire dressé par Marie-Jeanne Marti n’est pas contre  le système médical en vigueur en France — loin de là. C’est un réquisitoire — intelligent, passionné, et bien documenté — qui s’adresse à ceux — les <<psys>> de diverses appartenances — responsables de certains abus qui, au fil des ans, se sont installés, se sont  institutionalisés, se sont « normalisés » en France de sorte que, de nos jours, la clientèle se trouve partout — telle  celle du Dr Knock dans la parodie géniale de Jules Romains, et aussi, on a envie d’ajouter, pour les mêmes raisons: séduction affective et médicale.

Romains sous-titra sa pièce « Ou le triomphe de la médecine« ; le physicien allemand, le Dr Nikola S. Schipkowensky, a suggéré « le triomphe de l’iatrogenèse » (Voir son Iatrogenie oder befreiende Psychiatrie, Leipzig: Hirzel Verlag, 1965). Il est certainement question dans les chapitres de ce livre de Marie-Jeanne Marti, de parler à haute voix des malheureuses conséquences d’une visite chez un psychanalyste (surtout de tendance lacanienne!).Si « un homme bien portant est un malade qui s’ignore » selon la formule que Knock prête à l’innocent Claude Bernard, le (la) malade qui, dans une période de désarroi personnel, franchit le seuil d’un<<psy>> en France court le risque de trouver ses problèmes incompris, et, ce qui pis est, réorganisés dans un schéma lacano-freudien. Comme a remarqué mon ami neurologue, le professeur Raymond Tallis, les psychanalystes prennent leur proie aux moments où les « patients » sont aux plus vulnérables instants de leur vie.

 

Ce beau livre – un vrai cri du coeur (mais de la tête aussi) – est un des rares textes français à s’exprimer  pleinement et clairement — et ouvertement! — sur les désastres quotidiens des « interventions médicales » des psychanalystes français. A cela il faut ajouter que c’est le premier texte en France à parler, sans réticence « bien-penseuse », du meilleur livre historique de l’invention farfelue d’une soi-disant méthode de guérison inventée de toutes pièces dans la Vienne fin-de-siècle par Sigmund Freud, revue (en France) dans les années 30 et après par Jacques Lacan, Mensonges freudiens: Histoire d’une désinformation séculaire (2002, Sprimont: Mardaga) du psychologue clinicien Jacques Bénesteau (qui pratique et enseigne au CHU de Toulouse). Dans ce qui est, effectivement, son cinquième chapitre « Les Psys cautions des médias »  Madame Marti démonte de façon mémorable le cirque médiatique qu’a dû affronter Jacques Bénesteau lors du procès intenté par lui contre les infamies d’Elisabeth Roudinesco qui l’avait accusé d' »antisémitisme » . Toute la valeur de cette accusation de Roudinesco se laisse voir dans le sous-titre de Marti: « Affaire Bénesteau contre Roudinesco: Si Bénesteau est antifreud et que Freud est juif alors Bénesteau est antisémite » Vous y êtes??

Il est bien que la femme Roudinesco (monstre sacré du lacanisme en France) soit rappelée à l’ordre pour ses méfaits par la femme Marti. Il est bien aussi que Marie-Jeanne Marti n’oublie pas de fustiger, comme il le faut, les éditeurs (Catherine Meyer et Mikkel Borch-Jacobsen) du Livre noir de la psychanalyse (2005, Paris: Les Arènes) pour leur refus, proprement disgracieux, de faire la moindre mention du nom et du livre de Bénesteau — certainement pas un oubli comme ça; mais une « mise-à-mort » par un silence sciemment voulu. L’ex(?)-lacanien Borch-Jacobsen (comme moi, professeur de littérature) ne voulait pas, paraît-il, la concurrence d’un psychologue praticien qui connaissait les réalités derrière les mythes soigneusement cultivés par Herr Professor Freud. Et Catherine Meyer, pour sa part, était (d’après les mails qu’elle m’envoyait) trop timide face aux freudiens français en place. En conséquence de quoi, je me trouve tout à fait d’accord avec Mme Marti: Le supposé « Livre noir » n’est en effet, que gris. Dommage! Quelle belle occasion ratée! Si jamais on eût pu mettre fin à ces interminables et ridicules conférences <<psy>>,  l’espèce humaine eût gagné une intelligence valable.

En finir une fois pour toutes avec la psychanalyse? Telle semble être l’ambition de Mme Marti, bien que son livre – bourré d’incidents à faire rougir de honte – pour sa profession s’entend! — le brave psychiatre du coin qui a su garder sa déontologie, laisse voir un horizon lamentable et quasi-infini des « incompris de la terre ». Les « Parasites » du système médical en France — (« les directeurs de conscience » comme aurait dit Molière en pensant à son Tartuffe) n’ont pour la plupart aucune connaissance de la cervelle humaine, ou bien, s’ils sont pourvus d’une licence en médecine, n’ont jamais réussi à mettre en valeur leurs connaissances neurologiques avec leurs croyances mythologiques en les « découvertes » de Sigmund Freud.

 

Le but de ce livre, honnête au possible, est d’avertir — cas « cliniques » exemplaires à l’appui — les futures « malades » des dangers qui existent, malheureusement, dès la première visite au « clinicien » (c’est à dire, au thaumaturge de la région qui selon ouï-dire s’y connaît…) ou, après bien des années — et que de fonds précieux gaspillés de la sorte! — des dangers, psychologiques, financiers, qui sont le résultat pour « la malade » de son « intrusion » sur un terrain où elle ne serait, ne pourrait être, qu’une « source de finances ». J’ai dit « malade » (entre guillemets),  en effet, « la malade », pour insinuer au lecteur que je n’y crois pas… mais pas du tout! Y a-t-il des malades de cerveaux, ou des malades de circonstances vécues, pour qui un traitement médical est souhaité?? Bien sûr! Mais là n’est pas l’argument de Mme Marti. Ce qu’elle nous a offert dans ce magnifique volume, toutes proportions gardées, c’est un excellent exemple (à la fois avertissant, irritant, bénéfique) de ce qu’aurait pu être une version Monty Python d’un rapport INSERM de l’état actuel des soins « psychologiques » en France. Je lui en sais gré!

 

Robert Wilcocks

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