Jean-Pierre Luauté: Un cas de conscience éditorial

Jean-Pierre Luauté

                                         Un cas de conscience éditorial

Avertissement : la revue « Neuro Psy news » vient, pour des raisons budgétaires, de

disparaître. Elle avait été créée en 1986 par le Dr Georges Kouchner, père de l’actuel

ministre et du Dr Gérard Kouchner, son dernier directeur lequel, malgré son entregent,

n’a rien pu faire. Cette disparition est regrettable car il s’agissait de la dernière revue

française qui osait encore accoler neuro et psy dans son titre et qui, malgré la séparation

des deux disciplines en 1968, maintenait l’idée qu’« il n’y a pas de domaine réservé en

psychopathologie dans lequel l’activité mentale serait indépendante des mécanismes

cérébraux ». Cette citation heureuse se trouvait dans le premier numéro de la revue sous

la plume d’un psychanalyste éminent, membre depuis le début du comité éditorial.

L’auteur de ces lignes (J-P Luauté) qui pendant une vingtaine d’années a intensément

collaboré à la revue, relate ici un épisode survenu en 2005 qui lui était apparu significatif

du caractère sacré et intouchable de la psychanalyse, et ce malgré l’esprit d’ouverture des

personnes qui composaient le comité éditorial (le psychanalyste mentionné était absent).

J-P Luauté, auteur pour la revue de plusieurs analyses d’ouvrages – sur commande ou le

plus souvent à son initiative – avait proposé la recension que l’on va lire des deux livres

de Robert Wilcocks. Sa proposition avait posé un cas de conscience au comité éditorial et,

après une vive discussion, avait été acceptée mais à la condition d’être accompagnée d’un

encart, que l’on trouvera en fin de cet article. Or c’était la première fois (et seule fois)

qu’une recension faisait l’objet d’un tel appel au peuple, c’est-à-dire à un peuple dont on

devait respecter les croyances. C’est ainsi qu’il avait interprété cet appel.

Le Dr Jean-Pierre Luauté a fait une carrière de psychiatre public. Il est l’auteur de

nombreux travaux sur des sujets de neuro-psychiatrie.

Maintenant que les vagues provoquées par la publication du « Livre

noir de la psychanalyse »(1) – et plus encore par le commentaire plutôt

favorable de tel grand hebdomadaire (11) – se sont apaisées, il nous paraît

utile de revenir sur le sujet. Non pas tant pour un énième commentaire (les

colonnes et le site de l’hebdomadaire en ont accueilli des dizaines), que pour

la présentation de deux ouvrages de la même veine par un même auteur

Robert Wilcocks, à peine mentionné dans le livre noir.

Il s’agit de « Maezel’s Chess Player : Sigmund Freud and the Rhetoric of

Deceit »(2) et de « Mousetraps and the Moon : The Strange Ride of Sigmund

Freud and the Early Years of Psychoanalysis »(3). Les deux ouvrages se

recoupent sur de nombreux points, nous indiquerons par WI et WII celui

dans lequel se trouvent les passages qui ont retenu notre attention, en

ajoutant en chiffre arabe le chapitre.

Pour qui a suivi depuis plusieurs années les nombreuses parutions

d’ouvrages critiques sur la psychanalyse, le « Livre noir » ne contenait pas de

nouveauté (si l’on excepte la trouvaille de l’article publié en 1925 par Huxley,

joyau d’humour féroce comme seuls les britanniques sont capables d’en

écrire). Disons que ce livre a eu le mérite, malgré ses défauts, de porter sur la

voie publique un sujet resté trop longtemps tabou dans notre pays. Ses

défauts sont ceux qui sont inhérents à ce genre d’ouvrages de compilation à

auteurs multiples (quarante !), avec des textes où avoisinent le meilleur et le

médiocre, avec de nombreuses redites et, compte tenu de son titre, des oublis

curieux sur les dégâts causés par certaines idées psychanalytiques.

Comparativement, pour qui voudrait aborder le sujet, on recommandera

plutôt la lecture de « Mensonges freudiens » de Jacques Bénesteau (4) qui

sous une forme ramassée est tout aussi complet mais avec une verve

polémique qui stimule en permanence l’attention (rappelons que le prix de la

Société Française d’Histoire de la Médecine avait été attribué à « Mensonges

freudiens »).

L’ouvrage de Bénesteau n’est même pas cité dans le « Livre noir » en raison

d’une censure avouée, et à notre avis (ayant suivi le procès qui a opposé

l’auteur à Mme Roudinesco devant la 17ème chambre) parfaitement injustifiée.

Mais l’affaire a été jugée et ceci est une autre histoire.(12) Cette parenthèse

pour expliquer aussi pourquoi Robert Wilcocks a refusé, par solidarité avec

Bénesteau, de participer au « Livre noir » et aussi probablement pourquoi ses

propres ouvrages y sont à peine mentionnés. Nous les tenons pourtant pour

essentiels et, dans la bibliothèque idéale d’un psychiatre cultivé, il faudrait, à

notre avis, les ranger (au moins l’un des deux et nous avouons notre

préférence pour WI) à côté de la Standard Edition, au même niveau que « Les

fondements de la psychanalyse » de Grünbaum (5) et que les « Souvenirs

d’Anna O » de Borch-Jacobsen (6).

Robert Wilcocks est britannique et son origine, c’est-à-dire sa formation, ont

de l’importance. Il est professeur (depuis peu émérite) de littérature française

à Edmonton (Université d’Alberta, Canada) et il a consacré vingt ans de sa vie

à la critique du freudisme. Il fait partie de ces érudits anglo-saxons (scholars)

qui ont soumis les textes fondateurs à une critique impitoyable et parmi ces

auteurs il se range avec Cioffi et Crews, du côté des plus virulents. Toutefois

son intransigeance concernant l’étendue des tromperies freudiennes va de

pair avec la reconnaissance de l’immense talent littéraire de Freud, et

Wilcocks explique ainsi son succès persistant auprès du public ainsi que les

ravages causés dans les départements d’études littéraires en Amérique du

Nord, là où il était bien placé pour en faire le constat désolé. L’application des

théories freudiennes aux textes littéraires (WI, 1) repose le plus souvent sur

l’argument d’autorité avec le pont aux ânes d’affirmations du genre « la

psychanalyse nous enseigne que…, a prouvé que…, etc. ». Mais Wilcocks ne

vise pas que des travaux d’étudiants, il épingle des critiques célèbres qui n’ont

pas hésité ces dernières années à proposer des lectures psychanalytiques de

textes aussi sacrés pour le lettré de langue anglaise que sont « Les grandes

espérances » de Dickens, « Moby Dick » de Melville, « Le tour d’écrou »

d’Henry James (WI, 8) et même Kipling, chez lequel tel critique célèbre (WII,

6) s’est fait fort de démasquer une homosexualité latente. Wilcocks s’insurge

et il oppose à cet imposteur, et à propos justement de l’homosexualité latente,

cette citation de René Girard « la latence fournit au prurit démystificateur

partout exacerbé une occasion perpétuelle de se soulager sans dépense

excessive de matière grise ». Mais c’est la réfutation d’un ouvrage laudateur

de la psychanalyse par Peter Brook (WI, 1), auteur que Wilcocks admire par

ailleurs, qui lui permet d’introduire ce qui constitue le socle de son

argumentation critique, à savoir que tous ces auteurs acceptent les thèses

psychanalytiques a priori, en ne se posant jamais la question de leur validité

empirique. Wilcocks reprend ici ce qui devrait être selon Grünbaum (WI, 2) le

préalable de toute application de la psychanalyse à d’autres domaines que le

sien, étant entendu que dans son domaine propre elle aurait dû se soumettre

la première à cette obligation… Wilcocks tient à se situer dans la continuité de

Grünbaum et comme lui il dénonce la méthode clinique de la psychanalyse

avec ses inférences causales étiologiques qui la rendent fondamentalement

défectueuse du point de vue épistémique. Reconnaissons ici, à la décharge de

nombreux littéraires, que les pièges élémentaires de l’inférence causale ne

leur sont probablement pas familiers, sans rien dire de tous ceux qui ignorent

la tradition empirique britannique et la pensée de Bacon et de Stuart Mill. Les

ravages causés par la diffusion des thèses freudiennes en Amérique du Nord

ont été dénoncés il y a déjà quelque temps par Fuller Torrey (7). On dira un

mot de la situation dans notre pays.

Reste à s’expliquer les raisons du prestige persistant dont jouissent la

psychanalyse et ceux qui s’en réclament. Pour Wilcocks son succès tient,

depuis sa création, à l’immense talent de rhétoricien de son auteur et il en fait,

en tant qu’écrivain de fiction, non seulement l’égal d’un Kipling, que Freud

admirait tant (WII, 6,7), mais un émule d’Edgar Poe. Avec ce rapprochement

Wilcocks pénètre au coeur de ce que permet la rhétorique (au-delà de sa

définition même) : la tromperie. Mais autant son utilisation par Poe était-elle

le moyen de servir la cause littéraire, autant Freud l’utilisait-il, selon

Wilcocks, pour le pire : la duperie de ses malades et de ses lecteurs. L’exemple

du récit intitulé « le joueur d’échecs de Maelzel » (WI, 5) lui permet d’opposer

le pseudo récit scientifique créé par Poe, aux prétendus cas cliniques sur

lesquels repose la psychanalyse. Wilcocks démonte brillamment l’art

rhétorique de Poe, dont on rappellera qu’il s’était attaqué, dans cette parodie

d’étude scientifique, au mystère de l’automate joueur d’échecs que Maelzel

exhibait. Dans son argumentation Wilcocks fait référence à Boyle et à son

« middle mode of discourse » (WI, 2), c’est-à-dire à la confusion délibérée

entretenue par un discours à la fois référencé et métaphysique (par exemple le

sens personnel que Freud donnait au terme de castration ou son invention du

complexe d’OEdipe et de son universalité). On apprend que Poe, qui savait ce

qu’il faisait, et qui était parfaitement conscient de l’effet trompeur obtenu

auprès de lecteurs naïfs, avait dû assurer à l’un d’eux, à propos de « La vérité

sur le cas de M. Valdemar », qu’il s’agissait bien d’un canular. On admirera le

tact de sa réponse « quelques rares personnes y croient (à la vérité) – mais

pas moi – et pas vous non plus ». Freud savait-il ce qu’il faisait quand il

utilisait le « middle mode of discourse » pour rendre crédibles ses histoires

cliniques ? Si pour Wilcocks la tromperie à l’égard d’autrui est manifeste, la

question qui reste posée est de savoir si Freud était ou non dupe de ce qu’il

avançait ? Cette question divise ses contempteurs et Wilcocks y consacre un

chapitre entier (WII, 1). Le titre en est la phrase assassine du prix Nobel de

médecine Sir Peter Medawar « la psychanalyse doctrinaire est le plus

formidable abus de confiance intellectuel du XXème siècle ». Wilcocks

rappelle les conditions historiques dans lesquelles la phrase a été écrite (dans

sa recension en 1975 du neurochirurgien, Irving S. Cooper, The Victim Is

Always The Same, où Cooper constate que de nombreux jeunes patients

atteints de dystonia musculorum deformans qu’il devait opérer n’avaient pas

été diagnostiqués et avaient été traités par la psychanalyse), puis il cite

longuement les commentaires qu’elle a suscités. Les arguments à charge ne

manquent pas : Freud accusé de ne pas examiner ses malades, de choisir

systématiquement des diagnostics d’hystérie etc. Ils permettent à Wilcocks de

réfuter la position de tous ceux qui trouvent des excuses à Freud. Il s’oppose

ainsi, malgré le respect qu’il lui porte à Grünbaum (qui défendait l’honnêteté

scientifique de Freud) et il refuse de suivre Webster (8) qui considère Freud

comme un prophète messianique propagateur d’une authentique et

indéniable mission morale. En revanche il rend hommage à Cioffi qui dès

1974 avait accusé Freud d’être un menteur, alors même qu’il ne disposait pas

du formidable outil de travail apporté par la publication en 1985 de la

correspondance intégrale de Freud à Fliess. Il rend grâce, à ce sujet, au

courage de J Masson qui a exhumé ces documents, même s’il ne partage pas,

loin de là, ses opinions. On signalera ici que la publication de l’intégralité de

cette partie de la correspondance a été jusqu’à présent différée dans notre

pays et que le lecteur francophone ne dispose toujours que de la version

expurgée de 1956. L’édition intégrale devrait être publiée en 2006, on verra

bien.(13)

Comparant pas à pas les textes publiés par Freud pendant cette période,

à ses pensées et à ses préoccupations telles qu’il les confiait à son ami Fliess,

Wilcocks s’étend longuement d’une part sur l’effrayante histoire d’Emma

Eckstein (WI, 3), d’autre part sur la fabrication du premier rêve, celui de

l’injection faite à Irma (WI, 7). Pour Wilcocks la catastrophique opération

d’Emma, telle qu’elle n’a jamais été, et pour cause, publiée, devrait même

constituer, à l’instar du premier rêve, ce que Freud appelait un cas spécimen

(Borch-Jacobsen revendique cette appellation pour le cas Anna O.).

Reconstituant la correspondance des deux compères, Freud et Fliess,

Wilcocks rapproche de façon humoristique, mais parfaitement pertinente,

leurs échanges de ceux de Bouvard et Pécuchet : mêmes certitudes absolues

sur un sujet particulier (et ce malgré des connaissances minima) même

enthousiasme, mêmes changements rapides de théorie, sans compter

l’obsession sexuelle et le désir d’épater le bourgeois et de se faire valoir. Il

n’empêche. C’est l’acceptation par Freud de la réalité d’une prétendue névrose

nasale réflexe (une des élucubrations de Fliess) qui l’a amené à proposer à

Emma Eckstein, qu’il traitait pour hystérie, l’ablation d’un cornet nasal,

moyen radical pour supprimer ses douleurs d’estomac, lui ayant été affirmé

que celles-ci étaient la conséquence de la masturbation qu’elle lui avait

avouée, et qu’il existait un lien entre les tissus érectiles des fosses nasales et

les muqueuses génitales !! (On rappelle que Freud pour qui la masturbation

était une obsession, était lui-même un client de Fliess à qui il confiait ses

fosses nasales détériorées par ses applications répétées de cocaïne). Les

conséquences de l’opération d’Emma réalisée par Fliess furent désastreuses

avec des écoulements purulents et des saignements, qui obligèrent à faire

appel, cette fois, à un professionnel sérieux qui en examinant la malade

découvrit une longue bande de gaze oubliée par Fliess…dont l’élimination

provoqua un saignement cataclysmique. On ne peut s’empêcher en lisant ce

récit d’évoquer encore une fois Flaubert décrivant la calamiteuse opération du

pied bot tentée par Charles Bovary avec ses malheureuses conséquences. Une

année plus tard donnant à Fliess des nouvelles d’Emma, Freud le rassurait et

le disculpait définitivement en lui assurant qu’Emma continuait à saigner…

mais qu’elle avait toujours saigné depuis son enfance car c’était pour elle un

moyen d’attirer l’attention, ergo que c’était bien une hystérique. C’est en cela

que le cas d’Emma Eckstein est exemplaire pour Wilcocks. On y voit en effet

Freud à l’oeuvre : remplaçant une causalité exogène aux saignements (les

conséquences d’une opération malheureuse) par une étiologie endogène

(l’hystérie). Il introduisait là la répudiation prochaine (quelques mois plus

tard) de la théorie de la séduction, au profit de l’OEdipe, soit également

l’abandon d’une causalité extérieure au profit d’une « réalité psychique » (WI,

6). Or c’est dans cette même lettre, où il rassurait Fliess, qu’il lui racontait

l’accueil glacial qu’il venait d’essuyer en présentant devant la Société

Impériale de Médecine la possibilité d’une guérison totale de l’hystérie par la

mise au jour, grâce à la psychanalyse, d’événements réellement vécus dans

l’enfance, sa « neurotica ». On conçoit l’intérêt de ce changement de théorie

puisqu’il lui permettait d’éviter dorénavant toute tentative de vérification

empirique. La célèbre remarque de Krafft-Ebing qui présidait la séance « cela

ressemble à un conte de fées scientifique » (WI, 4) consacrait à la fois le fiasco

scientifique de la présentation et le talent de Freud en tant que conteur, mais

cet hommage-là, Freud n’était pas prêt à l’accepter.

L’injection faite à Irma était, selon Freud, le rêve spécimen de la

« Traumdeutung » de 1900. C’est pour Wilcocks un spécimen de tromperie.

Au terme d’un examen chronologique minutieux du texte et des lettres il peut

en effet affirmer que l’incorporation des préoccupations de Freud concernant

la diphtérie de sa fille Martha ne pouvaient pas être datées de son rêve du

24/7/1895, car la maladie n’est mentionnée dans la correspondance que deux

ans plus tard. Il estime de plus que ce rêve n’est qu’une concaténation

élaborée à partir d’une série de rêves datant de cette période. Et,

« psychanalysant » quelque peu l’auteur, il interprète le rêve en fonction des

soucis que Freud devait continuer à se faire pour sa carrière, quelques mois à

peine après la désastreuse affaire Emma, personnage non mentionné dans le

rêve mais clé de sa signification. Cela dit il apprécie la virtuosité du style, le

brio du récit monologué et son apparente sincérité, d’où l’impact qu’il a

toujours sur les lecteurs naïfs.

Les deux ouvrages de Wilcocks sont agrémentés, si l’on peut dire, de

plusieurs « perles » freudiennes, appréciées par les connaisseurs, et que l’on

laissera découvrir (WII, 4,8). Il est riche, compétence oblige, en références

littéraires dont l’une (WI, 4) qui constitue la conclusion du « double

assassinat dans la rue Morgue » pourrait avoir été, selon Wilcocks, la pensée

adressée par Krafft-Ebing à Freud à l’issue de sa présentation (à notre avis

elle s’applique aussi bien aux sentiments que Wilcocks porte à Freud). On

rappellera qu’ayant résolu le mystère, Dupin avait dû affronter la mauvaise

humeur du préfet de police, ce qu’il commenta ainsi : « notre ami le préfet est

un peu trop fin pour être profond. Sa science n’a pas de base… Je l’adore

particulièrement pour un merveilleux genre de cant auquel il doit sa

réputation de génie. Je veux parler de sa manie de nier ce qui est et

d’expliquer ce qui n’est pas » (dans la traduction de Baudelaire ; la fin en

italique et en français dans le texte de Poe, est tirée de la Nouvelle Héloïse de

Rousseau). Wilcocks ne se prétend pas un Dupin et il laisse aux hommes de

sciences, et particulièrement aux neuroscientifiques le soin d’apporter les

réponses aux sujets si superficiellement traités, mais avec tant d’aplomb par

Freud. L’ambition de Wilcocks n’est que de préparer le terrain, de le

débarrasser de ses détritus et il se définit ainsi comme l’un de ces obscurs

« under-labourers » dont parlait John Locke (WII, 8). Commentant (WII, 5)

l’hypothèse freudienne liant l’amnésie infantile physiologique à la

masturbation, il critique vertement cette fantasmagorie et il estime que la

prétention à un « dévoilement de l’amnésie infantile », qui a été à la base de

l’épidémie du syndrome des faux souvenirs, en est une des raisons (WII, 5).

Une autre étant que Freud n’avait jamais vraiment abandonné la thèse de la

séduction infantile, thèse reprise par J Masson et les féministes. Le « livre

noir » est discret (prudent ?) sur l’impact social des idées freudiennes, que ce

soient celles du Père ou celles de ses épigones. Nombre d’affirmations,

devenues des vérités officielles en sont des développements, mais tout autant

dépourvus de preuves. Ainsi la nécessité de parler à un professionnel pour

éviter le stress post traumatique, l’affirmation selon laquelle l’enfant dit

toujours la vérité. Il aura fallu, à ce sujet, plusieurs drames récents pour que

l’on revienne au simple bon sens et à la prudence. L’inventaire des méfaits de

la psychanalyse tant sur le plan médical que « sociétal » reste à faire, et

particulièrement dans notre pays compte tenu de son immense diffusion et de

son emprise sur certaines professions.(14)

Les mises en garde n’avaient pourtant pas manqué et il fallait être courageux

à l’époque de la psychanalyse triomphante pour s’y opposer. C’était le cas de P

Debray-Ritzen dont les deux livres (9, 10) ne sont jamais cités par les critiques

actuels. Une autre injustice à réparer.

Références & Notes

1 Le livre noir de la psychanalyse. Sous la direction de C Meyer. Les arènes 2005

2 R Wilcocks. Maezel’s Chess Player : Sigmund Freud and the Rhetoric of Deceit. (Le

joueur d’échecs de Maelzel : Sigmund Freud et la rhétorique de la tromperie) Roman &

Littlefield ed 1994

3 R Wilcocks. Mousetraps and the Moon : The Strange Ride of Sigmund Freud and the

Early Years of Psychoanalysis (Des souricières et la lune : l’étrange chevauchée de

Sigmund Freud et les premières années de la psychanalyse) Lexington books ed 2000

4 J Bénesteau. Mensonges freudiens. Mardaga 2002

5 A Grünbaum. Les fondements de la psychanalyse. PUF 1996

6 M Borch-Jacobsen. Souvenirs d’Anna O. Une mystification centenaire. Aubier 1995

7 E F Torrey. Freudian Fraud. The Malignant Effect of Freud’s Theory on American

Thought and Culture. N Y Harper Collins 1992

8 R Webster. Le Freud inconnu. Exergue 1998

9 P Debray-Ritzen. La scholastique freudienne. Fayard 1972

10 P Debray-Ritzen. La psychanalyse, cette imposture. Albin Michel 1991.

11 le grand hebdomadaire est le Nouvel Observateur.

12 en réalité le procès n’a pas eu lieu sur le fond puisque la « citation » a été rejetée par le

tribunal.

13 l’édition française des lettres de Freud à Fliess a bien paru à l’automne 2006, cinquante

ans après l’édition caviardée, aux Presses Universitaire de France.

14 l’inventaire des méfaits de la psychiatrie reste toujours à faire sur le plan psychiatrique,

notamment en ce qui concerne les soins aux malades les plus graves, les psychotiques.

Quelques affaires récentes sont hélas là pour montrer les dangers que les psychiatres

publics font courir à leurs patients, et à la société, en voulant calquer leur activité sur celle

du psychanalyste en cabinet. Nous y reviendrons.

Texte paru dans Neuropsy News vol 5 n° 1 janvier 2006, pages 41-44,

accompagné de l’encart suivant intitulé : « Droit de réponse (sic). »

« La teneur des propos de Robert Wilcocks et la coloration

volontairement polémique du texte de Jean-Pierre Luauté ont, bien sûr,

vocation à susciter des réactions. Voilà pourquoi un droit de réponse est

ouvert à tous nos lecteurs et sera publié dans un prochain numéro. N’hésitez

pas à nous adresser vos commentaires sur cet article. Ils sont les

bienvenus… »

Il y eut trois réponses que l’on peut lire, si on le désire, dans le numéro

suivant de la revue.

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