Josiane Praz: Le « petit Hans » I

Josiane Praz

Le « petit Hans » et sa famille : données historiques et biographiques

 

Sont résumées ci-après les principales informations contenues dans un chapitre de livre dont voici la référence complète :

Praz, J. (2001). Le « petit Hans » et sa famille : données historiques et biographiques. In J. Bergeret & M. Houser, La sexualité infantile et ses mythes (pp. 121-139). Paris : Dunod.

Josiane Praz est psychologue diplomée de l’ Université de Genève

 

Ce chapitre s’inscrit dans le cadre des recherches historiques effectuées ces dernières années au sujet des patients présentés par Freud dans ses récits de cas. Ces recherches ont régulièrement montré que ces récits pouvaient être tendancieux, voire fallacieux, Freud effectuant diverses distorsions afin de faire coller les faits à sa théorie du moment. Les données récoltées au sujet du « petit Hans » confirment cette tendance.

 

Le chapitre en question rassemble les données historiques et biographiques publiées à ce jour en ce qui concerne la famille de Herbert Graf (1903-1973), qui a fait l’objet d’un récit de cas sous le nom de « petit Hans » (Freud, 1909). Je me réfère également à un document des Archives Freud qui est resté inédit pendant quarante-quatre ans. Il s’agit d’une interview accordée en 1952 à Kurt Eissler par Max Graf, père du « petit Hans », en langue allemande. Les Archives Balint à Genève en possèdent une copie. Cette interview a été traduite et publiée en français en 1996 dans le Bloc-Notes de la Psychanalyse. J’ai également pu disposer d’un arbre généalogique inédit de la famille Graf, ce qui m’a permis d’établir un génogramme plus complet.

 

Il ressort de ces données que l’environnement familial dans lequel le « petit Hans » a grandi était fort différent de celui que Freud nous a dépeint. On peut en effet remarquer des distorsions, qui se manifestent surtout sous la forme d’omissions quant à des faits qui pourraient offrir un éclairage important pour la compréhension du cas, mais qui affaibliraient la théorie de la sexualité infantile et la thèse du « complexe d’Oedipe » soutenues par Freud.

 

Parmi les éléments passés sous silence, on peut citer certains aspects de la personnalité de la mère de Hans, Olga Hoenig, qui est dépeinte par Max Graf comme égocentrique, et ne se comportant pas comme une mère avec son fils. Freud s’est aussi abstenu d’évoquer les nombreux suicides qui ont eu lieu dans sa famille d’origine. Hanna, la sœur de Hans, qui n’a jamais été acceptée par sa mère, finira d’ailleurs également par se suicider. C’est surtout la mésentente conjugale du couple Graf, présente dès les débuts de leur mariage (que Freud avait encouragé), qui n’a jamais été mentionnée explicitement par Freud. Tout le climat affectif et relationnel dans lequel l’enfant a grandi nous est ainsi présenté sous un jour qui ne correspond pas à la réalité. Les aspects les plus sombres ont été évacués du récit de Freud, qui nous dépeint un petit garçon heureux vivant dans une famille harmonieuse. Les distorsions effectuées par Freud portent aussi bien sur des faits que sur leur interprétation. Par exemple, les pratiques éducatives douteuses (menaces d’abandon et de châtiments corporels) et les comportements inadéquats (exhibitionnistes et intrusifs) de la mère de Hans sont bien décrits par Freud, ce qui ne l’empêche pas d’évoquer une éducation progressiste, sans contrainte excessive, « loin de toute intimidation » (Freud, 1909, p. 94). Il prend d’ailleurs ouvertement « le parti de la mère de Hans, si bonne et si dévouée » (p. 109). Quant au succès thérapeutique à long terme revendiqué par Freud, il est fortement remis en question par Max Graf, aussi bien en ce qui concerne son fils que son épouse, qui a été en traitement avec Freud à une date que j’ai tenté de déterminer (il pourrait s’agir de l’année 1897).

 

En résumé, Freud s’est appuyé sur le cas du « petit Hans » pour démontrer le bien-fondé de sa théorie de la sexualité infantile. Or, lorsqu’on dispose des données concernant la famille de Hans, on ne peut que constater que c’est au prix de sérieuses distorsions que Freud a pu construire sa démonstration, en restant aveugle et sourd envers tout ce qui pouvait contredire sa théorie.

 

Références

 

Archives Balint, Genève (1952). Interview v. Kurt Eissler mit Dr. Max Graf, 16. Dezember ’52. Transcription dactylographiée, 67 pages.

 

Bloc-Notes (1996). Entretien du père du petit Hans, Max Graf, avec Kurt Eissler, le 16 décembre 1952. Bloc-Notes de la Psychanalyse, 14, 1995-1996, 123-159. Genève: Georg.

 

Freud, S. (1909). Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans). In Cinq psychanalyses. Paris: Presses Universitaires de France, 1992, pp. 93-198.

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